Les cruφitures® de Fabrice Krencker
Préambule
La crufiture est une alternative à la confiture traditionnelle. C'est une conserve de fruit tartinable élaborée quasiment sans énergie. Le mélange constitué de 50% de fruit et 50% de sucre (comme pour les confitures de nos grands-mères), est étalé sur un plateau. Ce mélange n'est pas pasteurisé (produit cru), ce sont le soleil et le vent qui évaporent naturellement l'eau en excès. Grâce à un procédé breveté (formulations pour le dosage des sucres et le calcul de la quantité d'eau à évaporer, le tout contrôlé par pesage), la fabrication est reproductible.
Ce site s'adresse en particulier aux personnes qui envisageraient de devenir fabricants de crufiture.
Pour ceux qui voudraient acheter de la crufiture pendant la belle saison, vous pouvez vous adresser aux https://www.confituresduclimont.com/
Biographie
Fabrice Krencker: né le 26 octobre 1956 en Alsace à 68 Neuf-Brisach, marié, 3 enfants
Enfance et scolarité à 67 Bischwiller
1972-1974 stagiaire agricole pendant les vacances d’été en Drôme et en Ardèche. Il parait que j’évoquais déjà l’intention de faire des confitures …. un jour.
1975-1976 prépa d’ingénieur agricole au lycée agricole « Le Valentin » à 26 Bourg lès Valence
1977- 1984 éducation nationale (instituteur) dans le Bas-Rhin. Ce statut d’enseignant a rassuré la famille et … les banques.
1985 création de l’entreprise « Les Confitures du Climont » à Ranrupt dans le massif vosgien https://www.confituresduclimont.com/
1988 membre fondateur du musée de la 2cv http://musee2cv.free.fr/presentation/cadre.htm
2010 Titre de meilleur confiturier de France
2014 obtention du label d’état EPV (entreprise du patrimoine vivant)
http://www.patrimoine-vivant.com/
2016 cession de l’entreprise à notre fille Perrine et son mari Frédéric
2016 à 2018 salarié (conseiller technique) des Confitures du Climont
2016 à 2018, violon 2 bas à l'orchestre symphonique de Saint Dié des Vosges https://os.orchestre.plus/accueil
2019 retraite qui sera mise à profit pour le développement de la crufiture

L’histoire de la crufiture
Lorsque j’ai commencé la fabrication de confiture en 1985, je faisais comme « grand-mère » : 1kg de fruit + 1kg de sucre et on laisse cuire « jusqu’à consistance », comme c’est écrit (par ignorance?) dans 90% des livres de recettes de confiture. C’est-à-dire : débrouillez-vous. Parfois la confiture était réussie (bonne consistance, bonne conservation) et parfois elle était « ratée ». Difficile de faire de la reproductibilité dans ces conditions d'autant plus que, dès le départ, il était hors de question pour nous d'utiliser des conservateurs et/ou des gélifiants.
Heureusement, grâce à la directive européenne de 1981, j’ai découvert le réfractomètre. Cet appareil optique et obligatoire mesure la teneur totale en sucres (concentration) de la confiture finie. Il suffit donc de laisser cuire la confiture jusqu’à ce qu’elle contienne au moins 55% de sucre (selon la loi). C’est déjà mieux que le test empirique de la goutte sur l’assiette mais les résultats restaient inégaux.
En 2010, je me suis dit que si on pouvait calculer et mesurer la quantité d’eau à évaporer, on pourrait avoir des résultats plus réguliers car c’est la quantité d’eau évaporée qui impacte la teneur totale en sucres du produit fini.
La lecture du livre d’Edouard de Pomiane (chercheur à l'Institut Pasteur) me conforte dans mon idée car il y expose déjà cette théorie en 1943. Il calcule, pour un certain poids de fruit et le même poids de sucre, la quantité d’eau à évaporer pour que la confiture contienne à la fin de la cuisson 65% de sucre. Pour Pomiane, ce pourcentage est un seuil microbiologique qui inhibe le développement des micro-organismes (notamment levures et moisissures) pour que la confiture puisse se garder dans n’importe quel contenant non étanche. Sauf que dans ses calculs, il n’intègre pas la teneur en sucre du fruit, teneur qui varie de 4 à 25% selon la famille de fruits.

Je me suis donc mis en tête de calculer la quantité d’eau à évaporer E en fonction de la masse de fruit, de la quantité de sucre ajouté, de la teneur en sucre du fruit (mesuré par réfractomètre) et de la teneur totale en sucres voulue pour la confiture finie. Et voici l’équation de la confiture ! E = …

Mais comment mesurer la quantité d’eau qui s'évapore pendant la cuisson?
En 2011, nous avons pris le risque d’investir dans une balance de précision (50g sur 600kg)
sur laquelle nous avons déposé un de nos grands chaudrons.

Nous pouvons maintenant contrôler la quantité d’eau qui s’évapore au fur et à mesure de la cuisson et vérifier si la réalité est conforme à la théorie. Avec Mathieu, un étudiant du pôle agroalimentaire de l’université de Colmar, nous créons une feuille de calcul type exel (fiche de formulation) qui nous permet de faire rapidement les calculs. Une fois les protocoles de prélèvements et de mesures établis, il s’avère, après des centaines de mesures, que l’on peut effectivement calculer à l’avance la quantité de sucre à ajouter et la quantité d’eau à évaporer pour obtenir une confiture titrant un taux de sucres défini à l’avance.

Dorénavant, nous ne parlons plus de durée de cuisson mais de quantité d’eau à évaporer. Les cuissons deviennent programmables et reproductibles grâce au contrôle continu par pesage de la quantité d’eau qui s’évapore. Plus besoin de mesurer régulièrement la confiture avec le réfractomètre pour savoir « où elle en est ». La confiture est « bonne » lorsqu’il ne reste plus que X kg dans le chaudron. Et voilà !
En 2012, je me suis dit : si la confiture c’est juste une question d’évaporation maîtrisée de l’eau contenue dans les fruits, on doit pouvoir faire ça dehors au soleil et au vent comme on sèche un drap. Pas d’énergie, c’est cru, ce sera le top… à condition que ça se conserve comme une confiture et ça ce n’est pas gagné ! Il ne s’agit pas de faire une bouillie sucrée de fruits (et de graines de chia) qui se garde 3 jours au frigo, voire au congélo. Trop facile. C’est ce type de recettes que l’on rencontre le plus souvent sur internet sous le nom de crufiture. Une vraie crufiture (nous n’avons pas trouvé d’autre néologisme ou mot-valise) doit être une confiture non pasteurisée par cuisson et qui se garde dans les mêmes conditions que les confitures de nos grands-mères, c’est-à-dire dans n’importe quoi et n’importe où. Ni Nostradamus, ni François 1er , ni Louis XIV, ni Napoléon n’avaient de contenants étanches (pasteurisables) ou réfrigérateurs pour garder leurs confitures !
Les débuts de la crufiture
Premiers essais en juillet 2012 dans une bassine à polenta avec agitateur sur balance

On dit que l’air est sec en hiver, j'essaie donc de crufiturer des oranges dans un plat à paëlla posé sur balance pour contrôler l'évaporation.

Les résultats sont intéressants notamment au niveau du goût mais je rencontre des gros problèmes de stabilité (conservation) car le produit n’est pas pasteurisé.
En 2013, je me tourne vers l’agence Alsace Innovation qui retient mon projet. La banque pour l’innovation (BPI) m’octroie une subvention de 30 000€ pour financer des analyses (effectuées par le centre de recherche Aérial de Strasbourg-Illkirch), du matériel et des appareils de mesures en particulier un Awmètre (activité de l’eau ou Activity of Water). Cet appareil de technologie récente mesure dans un produit, la quantité d’eau libre disponible aux micro-organismes pour se développer (rien à voir avec la teneur en eau ou humidité). Le résultat s’affiche sur une échelle de 0 à 1. Une pomme a une Aw de 0.95, la confiture 0.85, le miel 0.6, les biscuits 0.4… Plus l’Aw est basse, plus longtemps le produit se garde. En dessous de 0.8, on estime que le produit se garde presque indéfiniment à température ambiante.
Voici nos appareils de mesure. Même un anémomètre !

En 2014, avec Somia, étudiante à l’université de Haute Alsace, nous cherchons à produire une crufiture avec une Aw autour de 0.75, gage de stabilité. Pour y arriver, nous avons étudié le miel, plus proche cousin de la crufiture. Le miel est cru, composé presque uniquement de sucres (80%) et d’eau (19%) et obtenu par ventilation des abeilles…… « ventileuses » évidemment. Incroyable, l’abeille a tous les instruments ci-dessus dans son cerveau ! Les extraordinaires publications concernant les sucres dans le miel de Mr Schweizer, directeur du Centre d’Etude Technique et Apicole de Moselle nous ont persuadés de faire analyser les teneurs en fructose, glucose, saccharose de nos crufitures (analyses HPLC). Très intéressant, notamment en ce qui concerne l’inversion du saccharose en fructose et glucose dans les confitures et les crufitures .
Sûrs de notre coup (grâces aux abeilles), on passe à la dimension supérieure. Plateaux en cuivre de 1M² sous serre….

puis sous moustiquaire…..

puis dans des « ruches », composées d’un caisson en bois (qui fait office de paravent pour la précision de la pesée ) dans lequel une balance supporte le plateau en cuivre, le tout couvert par une moustiquaire (ou plutôt « guêpaire » ou « abeillaire » !)

Nous obtenons enfin des résultats stables et reproductibles. Nous pouvons donc déposer en juin 2014 le brevet pour un "procédé de préparation d’une conserve de fruits tartinable".
